17 novembre 2008
DSK voit dans le plan d'action du G-20 un pas important vers le renforcement de la coopération internationale
Le Directeur général du Fonds monétaire international (FMI), M. Dominique Strauss-Kahn, a salué aujourd'hui l'issue du Sommet du G-20 sur les marchés financiers et l'économie mondiale, voyant dans le plan d'action adopté à cette occasion un pas important franchi par la communauté internationale vers le renforcement de la coopération pour surmonter la crise financière mondiale et étayer la capacité du FMI à contribuer à cette entreprise.
« Le sommet d'aujourd'hui était important au regard de ses participants. Un nouvel ordre économique mondial se dessine, plus dynamique et plus inclusif que n'importe quel autre » a précisé M. Strauss-Kahn, ajoutant que « l'importance de ces rencontres tient également à ce qui y a été convenu. Je citerai comme résultat le plus remarquable de la réunion de ce week-end l'accord sur un plan d'action et la détermination de tous les participants à le mettre en oeuvre de façon énergique et intégrale. Le FMI entend appuyer vigoureusement ce travail, ainsi que le préconise le G-20 ».
« Je me réjouis de ce que les dirigeants du G-20 aient appuyé vivement le rôle important que joue le FMI dans la gestion des crises et dans la réforme de l'architecture financière internationale » a déclaré M. Strauss-Kahn, qui a précisé : « outre l'aide que nous apportons à certains pays membres en difficultés, en mobilisant un soutien rapide et effectif, nous avons créé une nouvelle facilité de liquidité à court terme et continuons de revoir nos instruments et mécanismes ».
M. Strauss-Kahn a souligné la détermination des dirigeants du G-20 à agir de façon concertée pour relever les défis macroéconomiques mondiaux, en agissant à la fois sur la politique monétaire et la politique budgétaire. La modération des risques d'inflation offre la possibilité de relâcher la politique monétaire. Cela sera certes important, mais ne suffira pas.
M. Strauss-Kahn a également salué l'importance attachée à la relance budgétaire, qu'il juge désormais essentielle pour renouer avec la croissance mondiale : « les plans de relance des pays réussiront d'autant plus à accroître la production intérieure que les principaux partenaires commerciaux auront également adopté ce type de plan ».
La Déclaration du Sommet reconnaît que certains pays jouissent d'une plus grande marge de manoeuvre que d'autres. M. Strauss-Kahn a ainsi ajouté « Nous estimons que les pays - avancés ou émergents - dont les dispositifs de politique budgétaire sont les plus solides, qui sont mieux à même de financer une expansion budgétaire et dont la dette est manifestement la plus viable doivent ouvrir la voie ».
M. Strauss-Kahn a par ailleurs salué l'engagement des dirigeants à renforcer les moyens et les capacités du FMI. Il a ainsi, une fois de plus, remercié le Premier Ministre japonais, M. Aso, pour son offre généreuse d'apporter 100 milliards de dollars au FMI afin d'aider à financer les prêts aux pays touchés par la crise.
M. Strauss-Kahn a souligné l'appui du G-20 au renforcement de la mission du FMI en matière de surveillance macroéconomique, de prêts aux pays membres en difficultés et d'assistance au renforcement des capacités dans les pays émergents et en développement. Il s'est dit « particulièrement satisfait de la détermination de tous les membres du G-20 à entreprendre des Programmes d'évaluation du secteur financier (PESF) », ajoutant que « le FMI est prêt à s'atteler immédiatement à ces évaluations dans l'intérêt des pays du G-20 qui n'ont pas encore entrepris un PESF ».
M. Strauss-Kahn se réjouit de ce qu'il ait été convenu de renforcer le rôle du FMI dans ses conseils de politique macro-financière, et notamment de la demande formulée à l'intention du FMI et d'autres instances pour qu'ils élaborent des recommandations destinées à diminuer la procyclicalité dans les régimes réglementaires. Selon lui « c'est aujourd'hui quelque chose de très important ».
Il a également évoqué l'engagement du G-20 à ne pas ériger de nouvelles barrières au commerce ou à l'investissement durant les 12 mois à venir et précisé que « les régimes ouverts d'échange et d'investissement sont très importants pour la croissance ».
« La Déclaration transmet en outre un message important, signalant que le monde est déterminé à faire en sorte que le FMI, la Banque mondiale et les autres banques multilatérales de développement disposent de moyens suffisants pour aider nos pays membres à surmonter la crise ».
M. Strauss-Kahn a par ailleurs noté que le plan d'action souligne le rôle que le FMI est appelé à jouer dans sa mise en oeuvre, en indiquant notamment des mesures immédiates à entreprendre d'ici le 31 mars 2009. Il a salué l'accord sur les principes de réforme des marchés financiers, et notamment l'engagement à renforcer la coopération internationale. « Le rôle du FMI dans la réforme des marchés financiers s'appuie sur sa responsabilité de surveillance du système financier mondial, conformément à la mission initialement confiée par l'accord de Bretton Woods. Il s'appuie également sur notre capacité d'analyse des liens entre les marchés financiers et l'économie réelle. Nous avons déjà vu combien ces liens peuvent être importants. Le monde doit mieux les appréhender, et le FMI fera ce qui lui incombe pour veiller à ce qu'il en soit ainsi ».
M. Strauss-Kahn a enfin déclaré : « Je me réjouis de constater que désormais de nombreux pays sont impliqués dans les discussions, aussi bien directement que par le biais d'organisations internationales, dont le FMI, qui représentent la quasi-totalité des pays de la planète. Je suis très satisfait du déroulement de la première série de discussions ».
09 novembre 2008
Que penser du "protectionnisme européen" d'Emmanuel Todd?
Au rayon pensée unique, on ne trouve nulle trace d'Emmanuel Todd, historien, démographe, sociologue, auteur incommode, notamment de « L'illusion économique », Todd ne pratique pas cette légère flexion qui caractérise les penseurs en phase de récupération intellectuelle par le pouvoir. Il serait même « tabou et irrécupérable » sur ce plan. L'esprit de famille ! Il publie aujourd'hui (1) un essai sur la société française et ses dérives, le vide éducatif et religieux, l'aveuglement des responsables politiques, la perversion du libre-échange, la possibilité d'une nouvelle lutte des classes... Lucide constat sur la crise de notre système démocratique. Et rude charge contre Nicolas Sarkozy. On trouve enfin dans ce livre de chercheur l'espoir en un « protectionnisme européen ». L'une des issues - et sa préférence - pour échapper à la crise et sauver la démocratie.
Tout d'abord, quelle leçon de démocratie vous inspire l'élection de Barack Obama ?
On a assisté à un phénomène où le plus important est la désignation du candidat par les sphères supérieures de la société et la présentation d'un programme économique minimum acceptable par le peuple. Très clairement, les milieux financiers et les élites avaient fait le choix d'Obama avant même qu'il soit élu et la surprise a été l'élimination du facteur « racisme », pourtant ancré structurellement et historiquement dans la société américaine.
Quelle démocratie peut se dessiner aux Etats-Unis ?
L'Amérique va retrouver un président intelligent, exceptionnel, capable d'affronter une situation de déroute économique. Gestionnaire d'un pays en décomposition, Obama peut soit « conserver l'empire » et continuer à vivre aux crochets du monde avec un gigantesque déficit commercial, ou, s'il est un grand président, commencer la longue marche vers le retour à l'équilibre des échanges extérieurs, la reconstruction de l'industrie... Je ne suis pas très optimiste : dans cette Amérique qui a perdu l'habitude d'affronter ses problèmes, les fondamentaux de l'économie sont catastrophiques.
Comment jugez-vous la volte-face des dirigeants et des gouvernements qui sont passés du tout libéral à l'interventionnisme d'état ?
Je ne crois pas à un « retour de l'Etat » providentiel. Le renflouement des banques est un nouveau pas dans la mise en question de la démocratie. En France, Nicolas Sarkozy n'est qu'un courtier dans cette affaire. Les banques ont pris les états en otages et nous avec ! Ce qui choque, c'est l'état au service des banques, des milliards injectés sans pour autant changer le système, des politiques qui s'autocongratulent, décrochés de la réalité. Je trouve les élites en panne de solutions égalitaires et progressistes et la société très amorphe.
Qu'est-ce qui, en France, indique pour vous un déclin de la démocratie ?
Je mets en perspective une longue évolution historique, une situation économique très complexe, l'évolution idéologique et religieuse depuis les années 60, la croyance catholique qui structurait le champ politique, la décomposition de ce dernier... et ce n'est pas réjouissant. J'essaie notamment d'expliquer comment Nicolas Sarkozy a surgi dans ce contexte et en quoi il est une clé d'entrée des problèmes de la société française.
Vous y allez fort avec ce président dont vous faites un « symptôme » des mauvaises tendances de cette société ! Comme on dit, pourquoi tant de haine ?
Sarkozy a été « l'élu de la peur », notamment grâce à la crise des banlieues et face à Ségolène Royal, candidate absurde dont l'incompétence faisait aussi peur que la brutalité de son adversaire. Il s'est aussitôt affiché avec des amis milliardaires et ne sait pas se tenir. Jamais, comme lui, un président n'avait provoqué ainsi dans les banlieues pour récupérer les voix du Front National, inclus des socialistes dans son gouvernement, insulté des gens dans des manifestations publiques, exposé sa vie privée... Je n'attaque pas le personnage, mais le symptôme. Il s'est créé un état d'apesanteur dans lequel il peut se permettre tout cela et il a surgi dans un système sans croyance collective structurante. Car ce sont les idées dominantes qui importent, notamment, en économie, ce que dictent les classes supérieures pensantes.
Votre charge anti-sarkozyste semble « datée », des premiers mois de sa présidence. N'a-t-il pas changé depuis, notamment à l'épreuve de la crise mondiale ?
Je ne pense pas, mais ce n'est pas la question ! Je parle du « moment Sarkozy ». Ce qu'on a vu pendant dix mois est édifiant et concerne le vrai sujet : vide religieux, islamophobie, possible émergence d'une lutte des classes, baisse de niveau de vie des jeunes diplômés, tentation de la droite d'instrumentaliser toutes les inquiétudes, notamment autour de l'immigration... On a vu la récupération ridicule de la Marseillaise sifflée au stade de France. Mais le Parti socialiste - sa hiérarchie - est presque plus inquiétant pour le suffrage universel. Il se refuse à proposer un programme économique de type protectionniste et se comporte comme un parti de notables face à un « bas peuple » incapable de comprendre.
Quelle est la faute majeure de cette élite qui vous désespère ?
Elle ne présente pas un choix clair sur les questions économiques - globalisation, libre-échange, écrasement des salaires... et chaque élection devient plus problématique. On est dans une démocratie de manipulation où l'on crée des problèmes et des affrontements artificiels. Pour ce système il n'y a que trois solutions possibles : l'ethnicisation et la thématique identitaire, tentation de la droite après l'implosion du Front National - mais Sarkozy n'a pas convaincu grand monde sinon la base électorale des petits commerçants - la perversion ou la suppression du suffrage universel, enfin le protectionnisme européen. Mais on ne pourra indéfiniment laisser en place un système économique qui angoisse et affaiblit autant la population.
Peut-on dire que la lutte des classes, sous des formes nouvelles, a de beaux jours devant elle ?
Il n'y a pas de structuration collective, mais on sent monter une révolte, sans violence mais déterminée, des classes moyennes contre les classes supérieures. L'histoire s'accélère et nous rapproche de cette échéance. Seul le 1 % supérieur de la société profite de la richesse, dans un système économique « auto bloquant » : si tous les gains vont à cette frange, on risque des affrontements désordonnés et des dérives autoritaires et le système s'arrête. C'est cette menace qu'on est en train de vivre.
Le « protectionnisme européen », dernière chance de la démocratie. Pouvez-vous préciser ?
C'est la seule issue possible à une échelle raisonnable, l'économie française ne pouvant se protéger seule. La pression externe à la baisse sur les salaires (Chine, Asie...) paralyse la demande intérieure. Le protectionnisme européen permettrait de mettre en place des barrières dans un espace de 450 millions d'habitants pour la faire cesser et échapper à cette spirale d'étouffement qui rend invivable une démocratie. Je décris l'incertitude, pas la disparition d'un système... C'est une forme d'optimisme ! Mais quelle confusion dans l'esprit des gens qui associent libre-échange et liberté ! Je distingue la mondialisation - formidable pour la conscience collective, le rapprochement des connaissances et des cultures - et son côté obscur, la globalisation, qui nous asphyxie. Je donne enfin un carnet de route pour négocier avec l'Allemagne, notre partenaire historique.
Et vous enfoncez à nouveau Nicolas Sarkozy!
Oui mais la réalité est que sa personnalité - agité, donneur de leçons... - est un problème. Et, vu de l'étranger, une souffrance ! Il exaspère et navre la classe politique internationale, surtout ceux qui sont stratégiquement importants pour nous au coeur de l'Europe, dont l'Allemagne. Et si le couple franco-allemand ne communique plus, rien ne peut se passer.
Après la démocratie... la démocratie ?
A condition de faire fonctionner l'Europe à l'endroit pour qu'elle devienne l'instrument d'une véritable régulation économique et impose la préférence communautaire. Elle sera alors le centre d'une nouvelle forme de démocratie, à l'écoute et dans l'intérêt des populations. Mais tout dépendra de l'intensité de la crise économique mondiale. Si elle empire, même les Etats-Unis, qui sont allés loin dans leur déstructuration industrielle et leur dépendance aux importations du monde, seront incapables, Obama ou pas, de la maîtriser.
1. « Après la démocratie », Gallimard
Par Jacques Gantié(Nice Matin)
05 novembre 2008
Michel Rocard : "La gauche pose dès l'abord la question de la redistribution des richesses, ce que Sarkozy ne fait pas"
La crise résiste aux interventions étatiques. En verra-t-on un jour le bout ?
Pour le savoir, il faut d'abord poser le bon diagnostic. Or, ce qui frappe, c'est le silence de la science. Les grands économistes se taisent. Les politiques ne parlent que de finance. Et ils n'osent pas appeler un chat un chat. La vérité, c'est que planquer des créances pourries parmi d'autres, grâce à la titrisation, comme l'ont fait les banques, c'est du vol. Les précautions de vocabulaire sont malséantes. Nommer correctement les choses permet de bien appliquer la sanction. On reste trop révérencieux à l'égard de l'industrie de la finance et de l'industrie intellectuelle de la science financière. Des professeurs de maths enseignent à leurs étudiants comment faire des coups boursiers. Ce qu'ils font relève, sans qu'ils le sachent, du crime contre l'humanité.
L'hyper-sophistication de la finance, que vous dénoncez, n'a-t-elle pas permis, pendant des années, de soutenir la croissance mondiale ?
Je ne le crois pas. La montée en puissance des produits dérivés résulte d'une désorganisation de l'économie réelle, qui elle-même découle de la décision prise en 1971 par Richard Nixon et, déjà, Dick Cheney de décrocher le dollar de l'or. Le commerce qui, jusque-là travaillait à changes fixes, a été menacé par des changes flottants. Tout est devenu volatile, imprévisible. Il a fallu se couvrir, inventer les combines les plus tordues pour tenter de réguler la valeur des titres sur lesquels on travaille. Cela a donné les produits dérivés, des échanges d'option pour l'avenir sans échange de produits réels. A partir de là, l'économie a été plus abstraite. Tout s'est mis à reposer sur la confiance, tout est devenu plus fragile. On a eu une bulle sur l'immobilier, une autre sur le pétrole, qui ont crevé lorsque les prix du marché ont cessé d'augmenter régulièrement. Voilà comment l'appétissante finance mondiale fait supporter à l'ensemble de la société un taux de risque anormal.
Mais on ne peut pas revenir en arrière, l'étalon-or, c'est fini !
On peut, en revanche, réfléchir à un autre système. Le dollar est la monnaie mondiale, mais cela fait des dizaines d'années qu'il ne remplit plus son rôle de monnaie de réserve mondiale. Ce sont les fonds souverains et le pétrole qui jouent ce rôle, car la quasi-totalité des fonds souverains est à dominante pétrolière. Est-ce raisonnable ? Si la croissance repart, elle va pousser les cours du pétrole à la hausse, ce qui est très dangereux. Il vaudrait mieux laisser le pétrole hors du coup, s'obliger à des économies d'énergie et, pour ce faire, décider, par exemple, qu'on achète le pétrole avec la monnaie des quotas carbone inventés à Kyoto. Et, parallèlement, mettre en place un directoire monétaire à quatre ou cinq avec le dollar, l'euro, le yuan chinois, la roupie indienne, peut-être le yen. La stabilisation du système est à ce prix-là.
Quelle chance avez-vous d'être entendu ?
A ce jour, elle est faible. Il est plus prudent de viser des solutions plus consensuelles. Encore faut-il ne pas se tromper sur ce qui se passe. Aucun économiste n'a encore posé la vraie question : quel aurait été l'impact de cette crise financière si elle avait frappé une économie réelle bien portante ? Depuis une vingtaine d'années, les pays développés s'échinent, sans y parvenir, à retrouver la moitié de la croissance qu'ils ont connue durant les Trente Glorieuses, et un quart de leurs habitants sont fragilisés, parce qu'ils sont pauvres, chômeurs ou travailleurs précaires. Cette fragilisation est une gangrène. C'est elle qui fait que les citoyens votent n'importe quoi et n'ont plus confiance dans leurs dirigeants. On s'est mépris sur le non au référendum sur le traité constitutionnel européen. Ce n'était pas un refus de l'Europe. C'était un non à la dérégulation du marché du travail.
Où est la solution ?
On ne s'en sortira pas sans un meilleur partage des revenus, un meilleur équilibre entre salaires et profits. Henry Ford (1863-1947), qui a contribué à sauver le capitalisme notamment au moment de la crise de 1929, disait : "Je paie mes salariés pour qu'ils achètent mes voitures." Après la guerre, on a reconstruit le capitalisme autour de l'idée de fortes rémunérations. Aujourd'hui, la part des salaires et des prestations sociales a diminué d'une dizaine de points dans le produit intérieur brut. L'actionnaire se frotte les mains, mais le salarié est trop pauvre pour soutenir l'activité. C'est la raison pour laquelle cette crise est grave et risque d'être longue.
Pour en sortir, il faut d'abord être capable de produire un diagnostic partagé. On en est loin. En mai, nous avions adressé une lettre ouverte à Manuel Barroso, président de la Commission européenne, et à Nicolas Sarkozy, futur président de l'Union européenne. Cette lettre intitulée "La finance folle ne doit pas nous gouverner", cosignée par des sociaux-démocrates comme Jacques Delors, Helmut Schmidt, Lionel Jospin, et des libéraux comme Otto Graf Lambsdorff et Jacques Santer, réclamait la création d'un comité de crise européen, composé des dirigeants politiques, d'économistes renommés et d'experts financiers pour parvenir à ce diagnostic commun. Nous n'avons pas eu de réponse.
Depuis, la crise boursière est intervenue et des mesures ont été prises...
Après un faux départ, Nicolas Sarkozy a réussi à mobiliser intelligemment les pays d'Europe pour soigner l'aspect financier et bancaire de la crise. Il plaide aussi pour un gouvernement économique européen. Je l'approuve, mais il faudra des années pour obtenir un consensus et rendre cette instance opérationnelle. D'ici là, les gouvernements nationaux doivent s'entendre sur des mesures simples pour mieux réguler le système : limiter l'usage des produits dérivés, lutter contre les paradis fiscaux, revoir le fonctionnement des fonds de pension en les obligeant à avoir des comportements liés au long terme. Il faut convaincre l'actionnaire que la course au profit immédiat est destructrice. Elle menace l'appareil de production, précarise l'emploi et constitue un danger pour la démocratie.
C'est la fin du libéralisme ?
Pas du tout. Et en pleine crise, la gauche pourrait faire l'économie de ce genre de controverses. Historiquement, les libéraux - Adam Smith (1723-1790), Thomas Malthus (1766-1864), David Ricardo (1772-1823) notamment - étaient des moralistes, des gens qui avaient une pensée sociale visant à intégrer la liberté humaine dans l'organisation de la société. Pour aucun d'eux, la liberté n'était le droit de faire n'importe quoi, elle avait besoin d'être canalisée par des règles. La crise actuelle ne remet pas en cause le libéralisme. En revanche, elle sonne le glas de l'ultralibéralisme, cette école de pensée criminelle fondée par Milton Friedman (1912-2006) qui voulait croire que l'équilibre du marché est optimal et que moins on a de règles, plus on a des chances d'arriver à l'"optimalité". Elle a imprégné la droite américaine et une partie de la droite européenne. Elle a heureusement épargné les chrétiens-démocrates allemands et la droite française, encore très gaulliste.
Quand vous entendez Nicolas Sarkozy réhabiliter l'Etat, annoncer la création d'un fonds stratégique d'investissement, vous saluez sa conversion à gauche ?
Nullement. Pour résoudre la crise, nous avons besoin de deux choses : du pragmatisme et des règles. Cela, la droite peut le faire. Mais la gauche pose dès l'abord la question de la redistribution des richesses, ce que Nicolas Sarkozy ne fait pas.
Au nom de ce pragmatisme, auriez-vous voté le plan de soutien bancaire de Nicolas Sarkozy ?
Naturellement, tout en disant qu'il ne résout pas les problèmes de fond. Je ne supporte pas l'opposition systématique. Les Français non plus.
La crise ne risque-t-elle pas d'avoir de graves conséquences sur les pays du Sud ?
La demande venant du Nord va être amputée et les pays du Sud vont gravement le ressentir. Il faudra accroître l'aide au développement, quantitativement et qualitativement. D'autant que la crise risque de porter les pays du Nord à se fermer encore un peu plus. Plus les temps sont durs, plus le chômage menace, plus le travail se précarise et plus la peur de l'autre s'accroît. Or la peur est mauvaise conseillère. Le cas de l'Europe est exemplaire : il nous faudrait accueillir 2 ou 3 millions d'immigrés par an pour que, sur le long terme, nos populations restent stables et que nos retraites soient assurées. Tout le monde le sait. Mais cette nécessité ne suffit pas à convaincre.
"La France ne peut accueillir toute la misère du monde, mais elle doit savoir en prendre fidèlement sa part", disiez-vous en 1989. Et aujourd'hui ?
Nous essayons tous de contenir l'immigration venant des pays pauvres, qu'on ne peut quantitativement absorber. Le problème est de le faire avec décence et humanité. Et de s'en tenir à des critères clairs. Nicolas Sarkozy et Brice Hortefeux (ministre de l'immigration) disent vouloir une immigration de travail et affirment développer une politique respectueuse des droits de l'homme. Mais, sous couvert d'agir au "cas par cas", on se met à expulser sans discernement des travailleurs sans papiers mais intégrés. Il y a là un double langage malhonnête. D'autant plus que policiers et préfectures sont soumis à des quotas d'expulsion, ce qui les pousse à agir sans tenir compte d'aucun critère et produit des drames déshonorants pour un pays civilisé. Les sans-papiers qui ont un travail ont vocation à être régularisés. Nous sommes passés d'une politique nécessaire et dure à une politique inhumaine et scandaleuse.
Face à cela, la société civile n'a-t-elle pas un rôle de garde-fou à jouer ?
Si. Et à ce titre, il n'est pas admissible de vouloir dominer le pouvoir d'investigation et de contrôle des associations humanitaires. La tentative qui est faite de retirer à la Cimade la défense des étrangers en rétention pour confier cette mission à des associations dont l'expérience, la libre expertise et l'indépendance sont moins assurées est inquiétante pour les droits de l'homme. La Cimade a toujours agi avec esprit de responsabilité, elle ne s'est jamais permise de demander l'ouverture générale de toutes les frontières. Elle est dure lorsqu'elle observe des traitements dégradants. Premier ministre, j'y ai moi-même été confronté, mais nous étions chacun dans notre rôle et ses critiques m'ont été utiles pour éviter les dérives. Je crains que le souci du gouvernement actuel ne soit de diminuer l'opposition à ses mauvaises pratiques, ce qui ne ferait qu'aggraver le degré d'inhumanité de sa politique.
01 novembre 2008
Les devoirs de la social-démocratie
Il y a quelques jours à peine, la social-démocratie était considérée par beaucoup comme agonisante, désormais sans utilité. Son temps était passé. La situation actuelle rend cependant son actualité et sa pertinence au projet social-démocrate, au cœur d’une crise profonde qui a obligé les autorités élues et non élues des pays développés à tenter de reprendre le contrôle d’une situation dramatiquement compromise. L’heure de la social-démocratie pourrait-elle à nouveau sonner ? Oui si elle est capable d’assumer intellectuellement et politiquement ses responsabilités dans cette crise.
D’abord, affirmer le sens de son action et le cadre dans lequel elle doit être conduite. La social-démocratie moderne, celle née après la grande crise de 1929, tout en continuant à critiquer les inégalités et les irrationalités créées par le capitalisme, a admis que sa capacité à assurer la production de richesses et le développement prêtait de moins en moins à discussion. Elle a été en position de force, surtout au lendemain de la seconde guerre mondiale, pour concevoir un compromis central entre l’idée socialiste et le capitalisme et obliger celui-ci à l’accepter. Ce compromis reposait sur l’idée, selon une formule en vogue dans la social-démocratie de l’Europe du Nord, que « le marché est un bon serviteur mais un mauvais maître ». Il a permis, là où il a été à l’œuvre, de façonner les sociétés les moins égalitaires et les plus humaines qu’ait connues l’histoire de l’humanité. L’enjeu actuel pour la social-démocratie est de prendre appui sur cette nouvelle crise, qui pourrait être plus grave que la précédente, pour mettre en oeuvre un nouveau compromis avec le capitalisme. Pour y parvenir deux conditions doivent être réunies.
La première est de ne pas revenir en arrière sur le cheminement idéologique qui historiquement est celui de la social-démocratie. Il ne s’agit pas de dire en général qu’il faut « changer de système » ce qui ne veut rien dire dans le monde globalisé d’aujourd’hui, mais d’encadrer le marché, de l’ »encastrer » pour reprendre une expression de Karl Polanyi, car, sinon, il n’y aurait pas d’autre alternative réelle que l’économie administrée – étant donné que l’économie sociale, si elle était généralisée, connaîtrait également des formes de concurrence, comme l’ont montré les théoriciens du « marché socialiste ». Et cette alternative, bien peu de gouvernements à travers le monde la privilégient, compte tenu des échecs passés – et présents. Adopter dans ces conditions une position définie essentiellement par l’anticapitalisme ou l’anti-mondialisation laisserait la social-démocratie sur le bord de la route sans moyen de maîtriser l’avenir de nos pays et de nos sociétés et laissant à d’autres le soin de le faire. Il faut donc abandonner un discours idéologique qui n’a strictement aucun effet concret pour un discours et, surtout, une action qui remettent réellement la social-démocratie en selle comme force de proposition et de gouvernement non seulement en France, mais dans le monde.
Ce nouveau compromis entre une nécessaire économie de marché et une volonté sociale collective, doit imposer une socialisation raisonnable des gains et une régulation suffisante, à la fois, pour éviter des pertes telles que l’ensemble des sociétés en soient profondément marquées, comme ce fut le cas il y a quatre-vingt ans et comme, malheureusement, cela risque d’être le cas demain, et pour réduire les inégalités que le capitalisme crée naturellement. Le cœur de la croyance social-démocrate est la conviction que les sociétés peuvent exercer sur elles-mêmes une certaine maîtrise de leur destin et de leur fonctionnement. Il s’agit donc, aujourd’hui comme lors du premier compromis social-démocrate de réformer le capitalisme, non d’en prôner la disparition, pour tirer parti des ressources de l’économie de marché dans le sens des besoins humains et de la présercation des équilibres écologiques.
La seconde condition est de refaire du projet politique européen le grand projet social-démocrate, projet que la social-démocratie n’aurait pas dû laisser s’affaiblir au cours des dernières années et que collectivement elle a été incapable de porter quand elle en avait les moyens politiques à la fin des années 1990. La véritable protection des européens ne passera pas par les Etats agissant isolément, comme la situation actuelle le démontre amplement, mais par une puissance politique européenne. Certes, une meilleure coordination des Etats est nécessaire, nous venons de le voir. Mais la crise a montré aussi que les Etats ont perdu du temps en faisant passer leurs intérêts propres avant ceux de l’Europe elle-même, avant de comprendre qu’il n’y avait d’autre solution qu’européenne puis ensuite mondiale. Quant aux institutions supranationales européennes, si la banque centrale, qui jouit d’une certaine autonomie, a su vite réagir, en revanche, la Commission, moins autonome, n’a pas joué le rôle qu’elle aurait dû, étant obligée de laisser les Etats tâtonner avant de se rendre à l’évidence de la nécessité d’une politique européenne.
Qui ne voit, en effet, que l’affaiblissement de la social-démocratie, depuis dix ans, en Europe correspond à la crise de la construction politique européenne. Que la crise du projet européen entraîne la crise de son projet tout court. Il est clair que si le premier compromis social-démocrate ne pouvait se fonder qu’au niveau des États nations, le futur compromis social-démocrate ne peut s’établir qu’au niveau européen et au-delà. Les partis socialistes devraient être capables aux prochaines élections européennes de présenter ensemble un projet unique pour un nouveau compromis social-démocrate européen. C’est l’unique condition de la relance de la social-démocratie européenne. Ce projet doit assumer la tension fondatrice de la social-démocratie, tension entre la puissance publique et le marché, tension qui lui donne son efficacité mais surtout son identité. Un projet qui n’attend pas tout de l’Etat mais qui assume en dernier recours le rôle de la puissance publique comme assurant la paix civile et la solidarité. Or cette puissance publique doit avoir demain une forte dimension européenne. Si la social-démocratie ne veut pas être l’acteur principal de ce projet, elle déclinera irrésistiblement, car au cœur du projet social-démocrate demeure une aspiration internationaliste, dont l’espoir européen est une dimension essentielle. Face aux dangers des replis nationaux communautaristes et aux tentations autoritaires que la crise va exacerber, la social-démocratie doit rester ferme dans son attitude d’ouverture. Là est son identité véritable, la source de ses succès passés et la promesse de son renouveau.
Par Alain Bergounioux et Gérard Grunberg.
31 octobre 2008
DSK : "Je proposerai au G20 un plan de nouvelle gouvernance mondiale"
Blanchi par son conseil d'administration de l'accusation d'abus de pouvoir dans le cadre de sa liaison avec une de ses subordonnées, Dominique Strauss-Kahn, le directeur du Fonds monétaire international (FMI), rebondit. Il a retrouvé le dynamisme qui lui avait permis, depuis un an, de commencer à réformer la représentativité et les finances du Fonds.
Au plus fort de la crise financière, il a encouragé les gouvernements à mettre sur pied des plans globaux prévoyant la recapitalisation des banques en difficulté. Le 15 novembre, à Washington, il proposera au G20 un plan de nouvelle gouvernance mondiale baptisé "Global regulation strategy" pour en finir avec les "bulles" à répétition qui détruisent l'économie réelle.
Quand finira la descente aux enfers des Bourses mondiales ?
L'extrême volatilité des marches montre que la crise financière continue à produire ses effets. J'ai bon espoir que cette volatilité se calme parce que les plans financiers américain et européen sont solides ; il leur faut juste un peu de temps pour donner leur pleine mesure.
Je suis plus préoccupé, en revanche, par le ralentissement de l'économie mondiale et ses conséquences sociales. C'est pourquoi le FMI ne peut pas se contenter d'être le pompier qui aide les pays à redresser leurs balances de paiement, il revendique le rôle du maçon qui aide à reconstruire la croissance. En 2009, nous prévoyons une croissance mondiale de 3 %, soit 0 % pour les économies avancées et de 6 % à 7 % pour les pays émergents. Dès le mois de février, j'ai d'ailleurs conseillé à ceux d'entre eux qui le pouvaient de prévoir un soutien budgétaire conjoncturel.
Vous avez été longtemps silencieux. Pourquoi n'est-ce pas vous qui avez élaboré le plan Brown qui a servi de modèle aux autres plans de sauvetage ?
Mais vous ne savez pas tout et c'est normal ! Quand une crise bancaire se déclenche à l'intérieur d'un pays, le FMI n'a pas de rôle direct, mais prodigue des conseils aux gouvernements. Munis de l'analyse unique de 122 crises passées, nous avons martelé deux recommandations. D'abord, en finir avec le cas par cas et mettre au point un plan global ; ensuite, recapitaliser les banques, parce qu'injecter de liquidités ne peut suffire. Jusqu'à la mi-septembre, l'efficacité commandait la discrétion. Depuis, ayant été entendus, nous avons pu parler publiquement.
Que pensez-vous de la proposition de Gordon Brown de faire du FMI une banque centrale mondiale dotée de moyens financiers renforcés ?
Gordon Brown a raison de vouloir réformer l'architecture financière mondiale. Avec la mondialisation, quand l'immobilier s'effondre en Virginie, la Hongrie en pâtit, parce que la chute du secteur résidentiel américain met en difficulté les banques américaines, puis toutes les banques de la planète qui rapatrient leur argent chez elles et coupent les crédits aux pays les plus lointains. L'effet domino se met alors en place. Le FMI peut y parer.
Pour cela, il faut que son rôle de coordonnateur de la régulation mondiale soit réaffirmé – telle est d'ailleurs l'approche de Nicolas Sarkozy. Je proposerai ainsi au G20 un plan de nouvelle gouvernance, ou "global regulation strategy", autour des cinq axes suivants :
1/Mettre au point un prêt nouveau qui permette de soulager les problèmes de liquidités à court terme que rencontrent certaines économies : nous venons d'en définir les caractéristiques.
2/Augmenter les ressources du FMI qui peuvent devenir insuffisantes face à l'ampleur des besoins à moyen terme : c'est ce que propose Gordon Brown.
3/Tirer les leçons des politiques économiques qui ont conduit à ces "bulles" à répétition dont l'éclatement détruit l'économie réelle : c'est la mission qui nous a été confiée, il y a quelques jours, par les 185 pays membres du Fonds.
4/Surveiller la mise en place des nouvelles régulations financières élaborées, avec le FMI, par le Forum de stabilité financière, qui regroupe principalement les grandes banques centrales.
5/Aider à repenser un système mondial plus cohérent parce que plus simple, plus efficace parce que plus coordonné. Au-delà de son rôle de pompier et de maçon, le FMI peut aussi avoir, pour un temps, un rôle d'architecte.
Qu'attendez-vous de la réunion du G20 à Washington, le 15 novembre ?
La mesure de la situation historique que nous vivons. Et donc une impulsion décisive, à partir du document que nous lui soumettrons sur les leçons de la crise, pour la réforme de la gouvernance mondiale.
C'est une perspective que les Américains sont réputés ne pas apprécier…
Beaucoup de choses changent en ce moment. A des degrés divers, tous les pays – y compris les Etats-Unis – reconnaissent que le marché ne fonctionne que s'il est organisé et qu'on ne peut attendre aucun bienfait de la mondialisation si ses défauts ne sont pas corrigés.
Notre assemblée du 11 octobre à Washington a marqué un tournant dans ce domaine : nos 185 pays membres ont accepté à l'unanimité un système coopératif qui a ensuite aidé les Européens à être unanimes à Paris, le 13 octobre. Vous vous souvenez que, quelques jours auparavant, tout le monde ne jurait que par le prisme national…
Vous notez aussi que ce sera un G20 et non un G8 qui se réunira à Washington, le 15 novembre, parce que tous les responsables ont pris conscience que l'économie mondiale ne se réduit plus aux seuls pays riches. Pour ma part, je rappelle sans relâche qu'il y a une autre crise derrière la crise financière : celle que vivent les pays pauvres, frappés de plein fouet par le renchérissement des matières premières et des produits alimentaires. Dans les pays développés, la crise signifie baisse du pouvoir d'achat; chez les plus démunis, elle veut dire risque de famine pour certains, malnutrition pour beaucoup et séquelles pour toute une génération.
L'enquête interne demandée par votre conseil d'administration sur un incident de votre vie privée vous a lavé de l'accusation d'abus de pouvoir. Votre crédibilité et celle du Fonds n'en sont-elles pas affectées ?
Cette enquête a été conduite par un organisme indépendant dont les conclusions sont claires et nettes. Comme l'a dit le conseil d'administration du FMI : "L'incident est clos".
Pour ma part, je suis pleinement dans l'action pour apporter des solutions aux problèmes économiques et financiers de la planète. D'ailleurs, le FMI n'est déjà plus le même qu'il y a un an quand j'y suis arrivé. Il est plus représentatif : la réforme des droits de vote, dont on parlait depuis des années, a été adoptée au printemps et aura à terme des effets considérables. Il est plus efficace : les 500 salariés qui nous ont volontairement quittés donnent une marge pour en embaucher une centaine d'autres qui vont nous aider pour nos nouvelles missions.
Il est plus respecté : l'Asie et l'Amérique latine ne sont plus en délicatesse avec le FMI, qu'elles accusaient d'éteindre les incendies au prix d'une régression économique et sociale. Il est enfin plus pragmatique : autant il serait absurde de prêter de l'argent aux Etats sans conditions, autant ces conditions ne doivent plus découler d'une ligne idéologique mais des besoins des pays. Le FMI a tiré les leçons de ses erreurs passées. J'ai plus que jamais l'ambition de continuer de le réformer pour lui faire jouer un rôle original dans ce nouveau contexte historique.
02 septembre 2008
Pour nous, c'est Pierre Moscovici
Cher(e) Camarade,
J’ai préféré attendre que l’émotion née de l’échec de l’Université d’été de La Rochelle soit retombée pour te faire part de mon analyse et de ma pleine détermination. Tout, pourtant, concourait à faire de ce rendez-vous une réussite, pour le Parti comme pour « Besoin de gauche ». La participation était nombreuse, les ateliers de qualité, la volonté de travailler des militants et leur aspiration à l’unité patentes. Vendredi soir, notre réunion de contribution fut un moment fort. 500 amis, rassemblés dans une salle surchauffée, ont accepté avec enthousiasme, pour l’immense majorité d’entre eux, et en tout cas à l’unanimité les propositions que je leur ai faites, en tant que premier signataire et après une intense concertation préalable.
Ces décisions étaient claires, et ne laissaient place à aucune interprétation divergente possible : volonté d’aller vers une motion réformiste, refusant la présidentialisation du Parti, exigeant des primaires ouvertes, soutien à ma candidature au poste de Premier secrétaire, dont je n’ai pas fait un préalable -c’est l’élégance et la sagesse- mais que j’ai présentée avec une totale fermeté. Il était convenu de proposer cette démarche aux amis de Martine Aubry et à la « Ligne claire » réunie autour de Gérard Collomb et Jean-Noël Guérini, ainsi qu’au « Pôle écologique », sans ostracisme mais sans contacts privilégiés avec Laurent Fabius, dont nous considérions qu’il ne pouvait être au cœur du renouveau nécessaire du Parti. J’ai reçu l’appui de tous, notamment celui d’Arnaud Montebourg et de Jean-Christophe Cambadélis, qui m’a promis un « contrat exclusif jusqu’en 2011 ». Vendredi soir, nous pouvions être fiers de notre force affirmée et de notre cohérence retrouvée, nous étions en situation d’être le pivot d’un pôle de rassemblement puissant, à vocation majoritaire.
Le samedi fut pour le Parti et pour nous un jour de tristesse. Car les images de cette journée furent exactement à l’opposé de nos décisions : réunion matinale de certains d’entre nous avec Laurent Fabius, Martine Aubry, Benoît Hamon, avec la perspective d’un courant de la « gauche décomplexée », déjeuner fort médiatisé avec les mêmes, sans Hamon. Je précise au passage, et de la façon la plus formelle, que je n’ai pas été invité à ces agapes auxquelles au demeurant, comptable d’une autre logique, la nôtre, je ne me serais pas rendu. Arnaud Montebourg, quant à lui, a vu sa bonne foi trompée, et a rétabli les faits dans un communiqué. Il ne s’agissait évidemment pas d’un malheureux concours de circonstance, ou d’aller expliquer aux amis de Laurent Fabius qu’ils n’étaient pas au centre de notre approche, mais de la poursuite organisée, méthodique, d’une démarche entreprise depuis des mois et inlassablement poursuivie. Je ne discute pas le droit de quiconque de penser que les décisions de notre réunion de la veille n’étaient pas les bonnes, mais alors, il eût fallu proposer une alternative à la contribution, qui aurait tranché par un vote. Par souci de l’unité, nous avions sagement et collectivement choisi de l’éviter, il fallait s’en tenir à cette attitude. L’image de tout cela est terrible : tractations complexes, alliances peu lisibles, non respect du vote des militants. Elles ne sont pas bonnes pour le PS, présenté sous son jour le plus sombre, loin des préoccupations des Français. Elles sont mauvaises pour les acteurs de ce jeu : il ne s’agit pas là d’une logique constructive et attractive. Elles sont évidemment négatives pour « Besoin de gauche ».
Que faire maintenant ? Pour ma part, je m’en suis tenu, à la lettre, au mandat qui m’avait été confié : une première étape a été franchie avec la « Ligne claire ». Je me réjouis de ce rassemblement, qui renforce notre assise, se fait sur la base de principes partagés et dans la cohérence, et qui s’est opéré dans la transparence. Je reste déterminé à aller jusqu’au bout de ce mandat, et à conduire la discussion avec Martine Aubry et avec le « Pôle écologique » à partir des décisions que nous avons arrêtées en commun. Revenir aux principes définis ensemble, défendre les thèses de notre contribution, mettre en œuvre les termes du contrat passé : telles sont les conditions pour peser et faire avancer nos propositions, que je crois toujours justes, pour répondre au besoin de gauche que nous ressentons, pour le faire dans l’unité. C’est ainsi que je conçois la politique : dans le respect du vote des militants, dans la cohérence, avec une exigence de vérité.
Permets-moi de te donner, pour terminer un sentiment personnel. Je suis de plus en plus inquiet de la tournure prise par ce Congrès. Les logiques mises en œuvre, ici et là -car d’autres ont bien sûr leur part de responsabilité dans la dégradation du climat dans le Parti- nous mènent à une confrontation qui, si rien n’était fait, désespérerait ceux qui attendent de la gauche une perspective d’alternance et de changement. Nous devons absolument préparer une autre gouvernance au PS, une alternative à la présidentialisation du Parti, chercher, inlassablement, un rassemblement large, réformiste, ancré à gauche. C’est pourquoi je suis, plus que jamais, résolu à militer, à partir de nos idées, pour la remise au travail du Parti, pour son ressaisissement collectif, conduit par une équipe de direction renouvelée, rajeunie, soudée, avec à sa tête un Premier secrétaire dévoué à la tâche essentielle de rénovation qui nous attend, pour l’emporter en 2012.
Tu peux compter sur mon dévouement, je compte sur ta confiance.
Avec ma fidèle amitié,
Pierre Moscovici
04 juillet 2008
Cambadelis à Nice "Il faut reconstruire le Parti Socialiste"
Jean-Christophe Cambadélis était la semaine dernière à Nice pour présenter la contribution "Besoin de gauche". Nice Premium a demandé à Nathalie Audin de nous le présenter et de nous parler de cette fameuse reconstruction du Parti Socialiste français.
Nice Premium : Nathalie Audin, comment s’est passée cette venue de Jean-Christophe Cambadélis à Nice ?
Nathalie Audin : C’est avec un grand plaisir que nous avons accueilli JC CAMBADELIS, la venue d’un responsable national de cette qualité est toujours importante pour une fédération. Plus de cent militants se sont déplacés, tous courants confondus. C’est dire l’intérêt suscité par son discours. Les strauss kahniens azuréens savent combien Dominique Strauss Kahn est apprécié dans notre département. Jean Christophe CAMBADELIS est, avec quelques autres dont Pierre MOSCOVICI, le continuateur des idées léguées par DSK avant son départ vers le Fond Monétaire International.
NP : Quelles étaient les raisons de sa venue sur le Côte d’Azur ?
NA : Jean-Christophe CAMBADELIS venait présenter la contribution « besoin de gauche » qui était, alors, en cours d’élaboration. C’était donc une réunion de travail et d’échanges.
Elle est aujourd’hui publique puisque son premier signataire Pierre MOSCOVICI et Arnaud MONTEBOURG l’ont dévoilée le 29 juin devant de nombreux militants.
Nommée également « discours de la méthode », cette contribution est une véritable innovation quant à sa forme et à son fond. Il s’agit là, outre les idées développées dont, à mon sens, la principale « l’égalité réelle », la mise en place d’une stratégie visant à remettre de l’ordre dans le Parti Socialiste afin d’en faire l’instrument de la conquête du pouvoir. J’invite l’ensemble des militants socialistes à la lire attentivement et à se faire une opinion une fois tous les textes lus.
Je profite de cet instant, pour rappeler également que les socialistes ont adopté leur déclaration de principes. Aux français qui souvent s’interrogent sur ce que le Socialisme représente aujourd’hui, je les invite à lire notre déclaration de principes.
Elle définit ce qu’être socialiste veut dire. S’ils se reconnaissent dans notre déclaration de principes, ils sont, bien entendu, les bienvenus parmi nous.
NP : « Je préfère un bon militant qu’un bon manager » Que pensez-vous de cette phrase prononcée par le Député Cambadélis ?
NA : Même si je comprends bien ce que sous entend cette déclaration, je ne la partage que partiellement. Il nous faut de bons militants ET de bons managers, je ne crois pas que le choix se fasse entre l’un et l’autre. Du reste, la contribution que Jean Christophe CAMBADELIS nomme, lui-même, discours de la méthode va dans ce sens Je pense que notre futur premier secrétaire national devra cumuler les deux qualités et devra s’entourer d’une équipe compétente.
NP : Que doit-on entendre par une « reconstruction » au PS ?
NA : Je vous lègue un sentiment personnel. L’impression que la vieille maison familiale est mal en point, que nous l’aimons et qu’il nous faut la reconstruire….Bien sûr, nous réussirons.
NP : Enfin, comment se structurent les reconstructeurs azuréens ?
NA : Il n’y a pas, à proprement dit, de reconstructeurs azuréens ou autres, il y a des militants et des adhérents issus d’horizons divers qui souhaitent avancer sans perdre les valeurs de ce qui fait le socialisme. Des socialistes qui veulent, avant tout, reconquérir le pouvoir pour en finir avec cette droite qui nous ramène tout droit vers le XIXème siècle et détruit méthodiquement toutes les conquêtes sociales, institutionnelles et républicaines patiemment construites au cours du XXème siècle. Des socialistes qui veulent dépasser leurs clivages bien ténus en comparaison de ce qui les rassemble.
Nous souhaitons créer le socialisme du XXIème siècle. Tous ceux qui sont dans cette dynamique sont des reconstructeurs. Le modèle n’est pas déposé !.
par Franck Viano
27 juin 2008
Il faut signer la contribution "Besoin de gauche"
Les listes des signatures des contributions vont très prochainement être établies.
Vous pouvez, dès aujourd'hui, soutenir la contribution "Besoin de Gauche" en signant en ligne sur le site suivant :
http://besoindegauche.over-blog.net/
20 juin 2008
"Besoin de gauche" (mise à jour au 18 juin)
Vous pouvez télécharger ci-dessous la contribution "Besoin de gauche" présentée par "Socialisme et Démocratie" et "Rénover maintenant" dans la perspective du Congrès du Reims, mise à jour au 18 juin.
Le dépôt de la contribution devant intervenir au Conseil national du 2 juillet 2008, le retour des observations est souhaité pour le 23 juin. Ces observations peuvent être formulées directement sur le blog de "Besoin de gauche":
http://besoindegauche.over-blog.net/
Les camarades qui souhaitent d’ores et déjà signer la contribution peuvent le faire directement sur le blog de "Besoin de gauche" à l'adresse ci-dessus en précisant leur nom ainsi que leurs coordonnées, mandats électifs et qualités dans le parti.
Téléchargement besoin_de_gauche_version_180608.doc
17 juin 2008
JC CAMBADELIS à Nice
INVITATION
DEBAT ANIME PAR NOTRE CAMARADE
JEAN-CHRISTOPHE CAMBADELIS
ECHANGES AUTOUR DE LA DEMARCHE DES RECONSTRUCTEURS
LE JEUDI 19 JUIN 2008 19 HEURES 30
HOTEL SPLENDID --- 50 BD VICTOR HUGO NICE
Mandataires départementales :
Christine DOREJO----Nathalie AUDIN







