13 juin 2008
BESOIN DE GAUCHE
VERSION PROVISOIRE DE LA CONTRIBUTION ELABOREE PAR "SOCIALISME ET DEMOCRATIE" ET "RENOVER MAINTENANT" DANS L'OPTIQUE DU CONGRES DE REIMS.
Un an après l’élection de Nicolas Sarkozy, les Français, à qui l’on avait promis croissance et pouvoir d’achat, n’ont ni l’une, ni l’autre. Défiants à l’égard d’un pouvoir brouillon qui leur a menti, ils sont inquiets pour leur avenir et celui de leurs enfants, dans un contexte international de ralentissement économique majeur et de crise écologique et alimentaire sans précédent.
De leur côté, les gauches européennes peinent à proposer une alternative électoralement viable, économiquement crédible, socialement juste. La gauche française, devenue la championne des scrutins locaux, vient pour la troisième fois de perdre les élections présidentielles. En 2012, cela fera 24 ans qu’aura été élu le dernier –et jusqu’ici le seul- Président de la République, François Mitterrand et 10 ans que le Parti socialiste aura quitté le pouvoir après la défaite de Lionel Jospin en 2002.
Au-delà d’une alternative à l’UMP que beaucoup de nos concitoyens espèrent et attendent, c’est la nouvelle gauche européenne qu’il faut faire émerger. Dans ce but, il s’avère indispensable de penser le monde, de prendre l’exacte mesure de l’expansion, depuis 30 ans, du capitalisme globalisé, cadre dans lequel nous devons tracer les chemins d’une société moins dure, plus juste, tout en répondant à la crise écologique par une meilleure répartition des ressources rares. Ces défis nous obligent à redéfinir à partir d’un cadre géopolitique pertinent les rapports entre les forces de travail et un capital en mutation accélérée. Ce cadre sera nécessairement européen. Il s’agit d’organiser ainsi de nouvelles marges de manœuvre, d’encourager la compétitivité dans les secteurs de l’économie confrontés à la concurrence internationale, tout en recherchant, dans les espaces non marchands, un haut niveau de services.
C’est l’enjeu pour toute une génération de socialistes.
Le PS a pris du retard. Depuis dix ans, il ne s’est pas préparé. La tactique a pris le pas sur la projection dans l’avenir, la synthèse sans contenu a prévalu sur les nécessaires choix stratégiques. La réflexion a cédé le champ à la communication, le travail collectif a été éclipsé par la gestion des écuries et des clans.
La conviction qu’en dépit de tout cela, l’exaspération d’un peuple suffirait à garantir la défaite de la droite a été cruellement démentie par les faits. Nous avons déçu les millions de femmes et d’hommes qui nous attendaient à la hauteur des enjeux, car nous avions oublié que dans ce pays, la gauche n’est jamais parvenue à ravir le pouvoir aux conservateurs qu’en travaillant en profondeur. L’imagination s’en est allée, le leadership s’est émietté, la fraternité s’est abîmée.
En ce début de siècle, le PS n’est pourtant pas privé d’atouts: ses énergies militantes, ses capacités d’organisation, ses réseaux d’élus et d’experts,…En phase avec les attentes qui s’y développent, il parvient aujourd’hui à être majoritaire dans de nombreux territoires. Mais, faute de réflexion globale sur les transformations du monde et de la société française, faute d’investissement collectif sérieux dans les idées, faute de courage pour arbitrer les choix, il ne parvient plus depuis dix ans à produire une offre politique qui fasse sens pour les français et leur donne l’impression de répondre à leurs problèmes réels.
Notre congrès doit surprendre. L’heure n’est plus aux accommodements, aux faux semblants, aux clivages dépassés ou aux querelles de personnes. Le temps qui s’ouvre est celui du renouveau. Nous voulons une nouvelle donne globale, pour offrir aux Français, bientôt, une nouvelle gauche.
Nous disposons d’un socle commun : la déclaration de principes. Le Parti socialiste s’accepte désormais comme réformiste, attaché à la transformation sociale, européen, laïque et féministe. C’est autour de ces valeurs qu’il nous faut apporter des réponses concrètes aux problèmes des Français.
Plus que jamais, le travail que nous devons engager est celui de l’adaptation de notre analyse de la société, de nos orientations et de nos moyens d’action à l’époque et au monde d’aujourd’hui. L’avenir de la France, de l’Europe et de la planète est ouvert : il va nous offrir des chances nouvelles mais aussi nous exposer à des menaces. A nous de tirer le meilleur parti des premières en sachant nous prémunir efficacement contre les secondes.
A la fatalité, à la résignation auxquelles conduit le retrait de l’action publique prôné par les libéraux, nous devons opposer une volonté collective de prendre à bras le corps les défis du moment. Contre le parti de l’ordre, nous devons à nouveau incarner le mouvement. Contre tous ceux qui prônent une troisième voie entre socialisme et capitalisme, nous réaffirmerons nos idéaux de toujours : le bien-être et l’autonomie pour tous, la paix et le développement par la coopération, la préservation des ressources naturelles et des équilibres écologiques de la planète. Mais nous y ajouterons une exigence : rompre avec la proclamation de principes pour proposer les moyens d’assurer la réalisation concrète de ces idéaux. Le Congrès doit définir le projet de société que les socialistes proposent au pays et définir les politiques publiques qui lui donneront un contenu effectif.
Nous sentons qu’il y a, aujourd’hui, un besoin de gauche. Des émeutiers de la faim à ceux qui, en Europe ou en France, se mobilisent pour défendre la protection sociale et les services publics, tous appellent à une plus grande régulation des marchés et à une intervention publique renouvelée au service de la justice sociale.
Le Congrès de Reims sera le point de départ de ce travail dans la durée, qui vise à rendre à la gauche sa crédibilité. Méfiants par histoire comme par culture à l’égard de la personnalisation du pouvoir qui fonde la Cinquième République, nous ne pensons pas qu’elle suffise, dans notre parti, à garantir le renouvellement de la doctrine et de l’organisation. Elle risque, au contraire d’être un facteur de division et d’affaiblissement collectif. Nous entendons donc proposer un programme de travail sincère. Agissons dans le respect des échéances, en commençant par la réflexion de fond, avec ce qui a toujours fait notre richesse : le débat collectif. Ouvrons-nous sur la société. Recréons une offre de gauche. Enfin, lorsque nous aurons accompli ensemble ce travail, lorsque les Français nous regarderont à nouveau comme la majorité souhaitable pour le pays, le moment viendra de choisir celle ou celui qui, dans nos rangs, nous conduira à la victoire.
Voici les cinq exigences pour un congrès efficace que nous voulons développer avec vous :
1. Définissons un projet de société : le nouveau modèle de développement
Ce modèle consiste à :
- Réorienter l’éducation et l’enseignement supérieur pour assurer à la France un avantage comparatif durable sur les pays émergents dans les secteurs à forte valeur ajoutée.
- Mettre en œuvre une stratégie industrielle et des services qui articule plus finement programmes sectoriels et action territoriale : développement de pôles de recherches et d’innovation associant universités, centres de recherche, entreprises et collectivités locales, simplification et concentration des aides à l’innovation sur les PME…
- Lutter contre les déficits, réduire la dette publique et stabiliser les prélèvements obligatoires par une réforme de l’Etat intelligente et un investissement social plus efficace.
- Rendre la croissance plus respectueuse de l’environnement en encourageant la biodiversité, les économies d’énergie et l’instauration d’une taxe internationale sur les émissions de CO2.
- Faire naître un nouvel équilibre Nord-Sud, par un effort de coopération réorienté, la régulation des ressources premières et de l’eau et la lutte contre la famine.
2. Abordons la nouvelle question sociale
C’est une condition de la réussite du nouveau modèle de croissance. Pour faciliter l’égalité réelle des chances et l’émancipation individuelle, il faut :
- Repenser nos systèmes de protection sociale et les garanties collectives des salariés pour améliorer la mobilité professionnelle, cruciale pour la création d’emplois et de richesses.
- Préparer les personnes et territoires fragilisés à affronter les mutations, par un effort accru dans les services publics, notamment l’éducation, des formations repensées et la mise en place d’un système de « salarié franc » allégeant les cotisations sociales pour les embauches de jeunes venant des territoires relégués.
- Promouvoir la démocratie sociale et la participation des salariés aux prises de décisions stratégiques des entreprises.
- Créer une allocation d’autonomie pour les étudiants sous condition de ressources du foyer fiscal et de réussite scolaire.
- Créer un contrat d’entrée dans la vie active association accompagnement dans la définition d’un projet professionnel, formation qualifiante et rémunération à hauteur de l’allocation de solidarité.
- Encourager une plus grande redistribution des cartes à chaque génération en rééquilibrant la fiscalité au profit du travail et au détriment de la rente.
- Anticiper les évolutions rendues nécessaires par le vieillissement de la population, en améliorante la prise en charge de la dépendance.
- Encourager la natalité, par une réforme du congé parental permettant aux pères d’assumer une part plus importante de la garde des bébés et des jeunes enfants.
3. Relançons l’Europe
À cet, effet, nous devons :
- Faire de l’Europe l’outil d’une nouvelle gauche dans la mondialisation, en dessinant un projet économique et social européen.
- Encourager, dans la nouvelle donne institutionnelle issue du Traité de Lisbonne, l’imposition par le Parlement européen d’un pacte économique écologique et social continental.
- Renforcer les capacités de l’Europe en matière de défense et de sécurité.
4. Changeons la gouvernance du Parti socialiste
Pour ce faire, il nous faut :
- Retrouver un leadership de travail.
- Imposer une transparence, par la création d’une TV via Internet et la retransmission des travaux des conseils et bureaux nationaux.
- Changer les méthodes des instances de direction nationales.
- Redonner au Conseil national son pouvoir d’orientation et de contrôle.
- Instaurer des conseils fédéraux où les grands élus siègent et rendent compte, et où les secrétaires de section puissent participer aux décisions.
- Encourager les sections investies dans la société.
- Respecter les militants, d’abord en les impliquant dans les débats nationaux.
- Repenser l’accueil politique des nouveaux adhérents.
- Développer la formation des militants.
- Préparer de grandes conventions dans le cadre d’« ateliers de l’alternative » ouverts à nos partenaires et à la société civile pour trancher les grandes orientations : égalité, école, vieillissement et protection, réforme des l’Etat et des collectivités locales.
5. Inventons une nouvelle stratégie de rassemblement
Pour que la gauche redevienne victorieuse, il est nécessaire de :
- Réduire les menaces que représentent pour nous Olivier Besancenot et François Bayrou.
- Transformer le PS en parti de toute la gauche, en visant un score de 35 %.
- Reconquérir les territoires relégués et le salariat précarisé.
- Associer les intellectuels à notre réflexion.
- Engager un dialogue régulier et approfondi avec le monde associatif et les syndicats.
- Promouvoir la parité et la diversité, notamment par une meilleure préparation des candidats
- Offrir à l’opinion publique des porte-parole à l’image de la France.
- Faire du contrat de gouvernement le préalable à l’octroi de circonscriptions aux Verts, au PCF, au PRG, au MRC.
- Préparer la désignation de notre candidat à l’élection présidentielle, en 2011, par l’organisation de primaires organisées autour du PS et ouvertes à tous ceux qui le souhaitent.
Conclusion
Notre contribution a pour but de faire avancer le PS concrètement sur ces cinq questions. Ce sont les exigences sur lesquelles nous souhaitons bâtir un travail en commun, une nouvelle aventure collective. Il ne s’agit pas de s’empêtrer dans les débats du passé, mais d’éclaircir et d’étayer ceux de l’avenir. Nous le disons avec force : notre pays, notre continent ont besoin d’une nouvelle gauche. Soyons en les inventeurs.
Vous pouvez faire part de vos commentaires et observations ici
Commentaires
A compléter bien sur ...
Cf les outils pour travailler sur cette contribution sur le blog de Pierre MOSCOVICI....
Ne pas oublier de venir en discuter jeudi soir avec C CAMBADELIS à partir de 19h hôtel Splendid bd V HUGO à NICE
et cf cette intervention de DSK...
Mensuel : Edition de juin 2008
Rubrique : Finance/Economie
Titre : Dominique Strauss-Kahn au Parlement européen:
“La crise sur les marchés financiers aura un impact prolongé”
Article : Si le plus dur de la crise des marchés financiers est probablement passé, celle-ci continuera à avoir un impact sur l'économie réelle au moins jusqu'à la fin de l'année, a indiqué le directeur général du FMI, Dominique Strauss-Kahn devant les députés en mai. Il a abordé aussi la crise des prix alimentaire et la réforme du système de supervision bancaire.
S'exprimant dans le cadre d'une réunion informelle de la commission des affaires économiques du PE, M. Strauss-Kahn a estimé qu'il y a "de bonnes raisons de penser que la plus grande partie des divulgations [des institutions financières] est faite et les plus mauvaises nouvelles sont derrière nous”. Mais les effets des turbulences financières sur l'économie au sens large sont encore à venir: “Il y aura un effet prolongé sur les consommateurs et sur les comportements d'investissement du fait de la restriction des crédits… et nous devrons vivre avec pendant un moment: les optimistes disent jusqu'à la fin de cette année, les pessimistes disent jusqu'à la mi-2009.” En l'absence de signe de stabilisation, M. Strauss-Kahn pense que la crise du marché immobilier américain va continuer d'affecter l'ensemble de l'économie du pays. Selon le FMI, ni l'Europe ni les pays émergents ne sont suffisamment déconnectés de l'économie américaine pour pouvoir éviter les répercussions de son ralentissement. Pour ce qui est de la Chine et de l'Inde, la croissance restera "très forte" mais tout de même en recul par rapport aux années précédentes.
"Si l'on se contente de mesures nationales, ce sera un échec"
La présidente de la commission parlementaire des affaires économiques et monétaires, Pervenche Berès (PSE, FR), et les députées Ieke van den Burg (PSE, NL) et Margarita Starkeviciute (ALDE, LT) l'ont interrogé essentiellement sur la régulation financière. M. Strauss-Kahn a répondu que les réformes du contrôle des marchés financiers proposées par le Forum pour la Stabilité Financière du G7 étaient intéressantes mais que, "à cause de la mondialisation, il ne suffit pas de les mettre en œuvre dans les pays développés. Si le même type de contrôle n'existe pas ailleurs, alors cela n'aura quasiment aucun effet". Il a également souhaité une volonté politique en faveur d'une approche multilatérale: "si l'on se contente de mesures nationales, ce sera un échec". Selon lui, le rôle du FMI n'est pas de jouer les super régulateurs du marché mondial mais bien plutôt de suivre les différents dispositifs de régulation existants dans les différents pays et régions et de diffuser ce qui fonctionne le mieux.
Prix des denrées alimentaires, biocarburants et politique agricole
Le président de la commission du développement du PE, Josep Borrell (PSE, ES) a soulevé la question de l'augmentation des prix des denrées alimentaires dans les pays en développement. Il y a à ce problème des raisons sur le long terme, telles que l'augmentation de la prospérité des pays émergents et d'autres sur le court terme telles que la faiblesse des récoltes et la demande croissante en biocarburants, a expliqué le Directeur général du FMI. Sans entrer dans le débat sur leur production de CO2, certains biocarburants produits dans certaines régions peuvent être bénéfiques économiquement, a-t-il indiqué, "mais lorsqu'en Europe et aux Etats-Unis, vous avez subventionné des cultures de maïs et de soja pour le fuel, vous auriez dû vous demander si la terre devait être utilisée à cette fin ou pour nourrir les gens".
Au delà de l'aide à court terme pour les pays qui subissent une crise réelle, "nous pensons tous que le marché devrait à terme, résoudre cette situation, mais que signifie "à terme"? Nous ne pouvons pas attendre aussi longtemps", a affirmé M. Strauss-Kahn. Plusieurs pays africains sont passés du statut de pays exportateur de denrées alimentaires à celui d'importateur, a-t-il souligné. Il a appelé à des politiques agricoles rationnelles, se félicitant de l'exemple du Malawi qui a doublé sa production agricole en deux ans.
Source: Parlement, http://www.europarl.europa.eu